
Pays slaves : qui est slave, qui ne l'est pas
Combien y a-t-il de pays slaves, et lesquels ? La question paraît simple, et pourtant la plupart des réponses qui circulent mélangent tout : on y range la Roumanie, la Hongrie ou la Lituanie, on en oublie la Croatie ou la Slovénie, et l'on confond le mot « slave » avec une apparence physique. Être slave, c'est d'abord parler une langue slave. Treize pays d'Europe ont une langue slave pour langue majoritaire, de Moscou à Skopje, répartis en trois groupes. Voici la liste, ce qui distingue ces pays entre eux, ceux qu'on croit slaves à tort, et ce que recouvre vraiment l'expression « femme slave » quand on cherche à rencontrer quelqu'un.
« Slave » : une famille de langues, pas un physique
Le mot désigne les peuples qui parlent une langue slave, l'une des grandes branches de la famille indo-européenne, au même titre que les langues romanes (français, italien, roumain) ou germaniques (allemand, anglais, suédois). Ce n'est ni une nationalité, ni une religion, ni un type de visage. Une Croate catholique aux cheveux bruns et une Russe orthodoxe aux yeux clairs sont slaves au même titre ; une Roumaine qui leur ressemble trait pour trait ne l'est pas.
Le nom lui-même parle de langue. Le terme que ces peuples se donnaient au Moyen Âge, slověninŭ, est le plus souvent rattaché à slovo, « le mot » : les Slaves seraient « ceux qui parlent », ceux que l'on comprend. À l'inverse, le russe appelle les Allemands nemtsy, de nemoï, « muet ». La première mention écrite des Slaves remonte au VIe siècle, chez les historiens byzantins Procope et Jordanès. On estime aujourd'hui leur nombre à environ 300 millions, ce qui en fait le plus grand ensemble linguistique d'Europe.
Un détour par le dictionnaire évite un contresens. Le mot français « esclave » vient du latin médiéval sclavus, qui voulait d'abord dire « Slave » : au haut Moyen Âge, tant de captifs slaves étaient vendus sur les marchés d'Europe occidentale et de Méditerranée que le nom du peuple a fini par désigner la condition. L'anglais slave a la même origine. En français moderne, les deux mots ont divergé : « slave » renvoie au peuple et à la langue, « esclave » à la servitude.
À retenir : « slave » est une catégorie linguistique. On est slave parce que sa langue maternelle est slave, pas parce qu'on a un physique, une religion ou un passeport particuliers.
Les 13 pays slaves, de Moscou à Skopje
Treize États ont une langue slave comme langue majoritaire et officielle. Ils se répartissent en trois groupes, que les linguistes distinguent par la langue, et que l'histoire a séparés par l'alphabet et la religion.
| Pays | Groupe | Alphabet | Religion dominante |
|---|---|---|---|
| Russie | Est | Cyrillique | Orthodoxe |
| Ukraine | Est | Cyrillique | Orthodoxe |
| Biélorussie | Est | Cyrillique | Orthodoxe |
| Pologne | Ouest | Latin | Catholique |
| Tchéquie | Ouest | Latin | Surtout sans religion |
| Slovaquie | Ouest | Latin | Catholique |
| Slovénie | Sud | Latin | Catholique |
| Croatie | Sud | Latin | Catholique |
| Bosnie-Herzégovine | Sud | Latin et cyrillique | Islam, orthodoxie, catholicisme |
| Serbie | Sud | Cyrillique et latin | Orthodoxe |
| Monténégro | Sud | Cyrillique et latin | Orthodoxe |
| Macédoine du Nord | Sud | Cyrillique | Orthodoxe |
| Bulgarie | Sud | Cyrillique | Orthodoxe |
Sources : classification des langues slaves et des peuples slaves (Wikipédia, articles « Langues slaves » et « Slaves »).
Deux remarques sur ce tableau. La Russie pèse à elle seule plus de la moitié de la population de ces treize pays, ce qui explique que « slave » et « russe » soient si souvent confondus. Et chacun de ces États compte des minorités qui ne sont pas slaves : Albanais en Macédoine du Nord, Hongrois en Slovaquie, Turcs en Bulgarie, et des dizaines de peuples en Russie.
Il existe enfin des Slaves sans État : les Sorabes, en Lusace, dans l'est de l'Allemagne, et les Kachoubes, sur la côte polonaise, parlent leurs propres langues slaves.
Slaves de l'Est, de l'Ouest et du Sud
Les trois groupes partagent une grammaire de même famille, mais pas la même histoire. La ligne de partage la plus visible suit l'ancienne frontière entre Rome et Byzance : là où l'Église de Rome a converti, on écrit en alphabet latin ; là où Byzance a converti, on écrit en cyrillique.
Les Slaves de l'Est
Russes, Ukrainiens et Biélorusses descendent de la Rus' de Kiev, l'État médiéval baptisé en 988 sous le prince Vladimir. Ils écrivent en cyrillique, sont de tradition orthodoxe et ont longtemps vécu dans le même ensemble politique, de l'Empire russe à l'URSS. C'est le groupe que les Français ont en tête quand ils disent « slave », et c'est celui où se trouve l'essentiel des femmes qui s'inscrivent dans une agence matrimoniale francophone.
Les Slaves de l'Ouest
Polonais, Tchèques et Slovaques écrivent en alphabet latin et sont de tradition catholique : la Pologne date sa naissance du baptême de son prince Mieszko Ier, en 966. Leur histoire regarde vers l'Europe centrale, le Saint-Empire et les Habsbourg, bien plus que vers Moscou. Une femme polonaise est slave au même titre qu'une Russe, mais elle vit dans l'Union européenne, et son rapport au couple est plus proche de celui d'une Française que d'une Moscovite.
Les Slaves du Sud
C'est le groupe le plus divers. Slovènes et Croates sont catholiques et écrivent en latin ; Serbes, Monténégrins, Macédoniens et Bulgares sont orthodoxes et écrivent en cyrillique ; les Bosniaques sont de tradition musulmane, héritage de quatre siècles de domination ottomane. Le cyrillique lui-même est né en Bulgarie, à la fin du IXe siècle, dans l'entourage des disciples de Cyrille et Méthode, les deux missionnaires byzantins envoyés chez les Slaves en 863. Les Bulgares fêtent encore l'alphabet chaque 24 mai.
Jusqu'où se comprend-on d'une langue à l'autre ?
L'intercompréhension est meilleure entre langues voisines, et meilleure à l'écrit qu'à l'oral. Concrètement :
- serbe, croate, bosnien et monténégrin sont quatre normes d'une même langue : on se comprend sans effort ;
- tchèque et slovaque se comprennent très largement, héritage de la Tchécoslovaquie, dissoute le 1er janvier 1993 ;
- ukrainien et biélorusse sont très proches ; un Russe en comprend une partie à l'écrit, beaucoup moins à l'oral ;
- russe et polonais partagent des racines, mais une conversation suivie demande d'avoir appris l'autre langue ;
- russe et bulgare se lisent mutuellement mieux qu'on ne le croit, grâce au cyrillique et au vocabulaire du slavon d'église.
Pour un Français qui apprend le russe, la conséquence pratique est simple : le russe ouvre la Biélorussie, une grande partie de l'Ukraine, la Moldavie, le Kazakhstan et le Caucase, où il reste la langue commune héritée de l'URSS. Il ne fait pas comprendre le polonais ou le croate.
À retenir : l'alphabet et la religion d'un pays slave dépendent de qui l'a converti, Rome ou Byzance, pas de sa langue. Le cyrillique n'est pas un marqueur de « slavité » : la Croatie écrit en latin, et le Kazakhstan, qui n'est pas slave, a longtemps écrit en cyrillique.
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Passer le test de compatibilitéCeux qu'on croit slaves et qui ne le sont pas
Le passé communiste, l'orthodoxie ou la pratique du russe font souvent ranger parmi les Slaves des peuples qui n'en sont pas. Le critère reste la langue maternelle.
| Peuple | Langue | Famille de la langue |
|---|---|---|
| Roumains | Roumain | Romane (latine) |
| Moldaves | Roumain | Romane (latine) |
| Hongrois | Hongrois | Ouralienne |
| Lituaniens, Lettons | Lituanien, letton | Balte |
| Estoniens | Estonien | Ouralienne (finnoise) |
| Géorgiens | Géorgien | Kartvélienne |
| Kazakhs, Kirghizes | Kazakh, kirghize | Turque |
Sources : classification des familles de langues (Wikipédia, article « Langues slaves »).
Les Roumains parlent une langue latine, cousine du français et de l'italien, même si leur vocabulaire a emprunté au slave, s'ils sont orthodoxes et s'ils ont écrit en cyrillique jusqu'aux années 1860. Une femme roumaine n'est donc pas slave.
La Moldavie est le cas le plus souvent mal classé. Sa langue officielle est le roumain : en mars 2023, le Parlement a remplacé l'expression « langue moldave » par « langue roumaine » dans toute la législation, Constitution comprise. Le pays a écrit en cyrillique jusqu'en 1989 et le russe y reste très parlé, mais les minorités slaves pèsent moins de 9 % de la population. Une femme moldave parle souvent russe ; elle n'est pas slave pour autant.
Les Hongrois parlent une langue ouralienne, apparentée de loin au finnois et à l'estonien, arrivée dans le bassin du Danube à la fin du IXe siècle. Les Lituaniens et les Lettons parlent des langues baltes, les plus proches parentes des langues slaves au sein de la famille indo-européenne, mais distinctes. Les Estoniens parlent une langue finnoise. Les Géorgiens ont leur propre langue et leur propre alphabet, sans parenté avec le slave, même si une femme géorgienne est très souvent orthodoxe. Les Kazakhs et les Kirghizes parlent des langues turques, et une femme kazakhe a souvent le russe pour seconde langue, voire pour première.
Parler russe ne fait donc pas d'une personne une Slave. C'est l'héritage d'un empire, pas une origine.
Tous les Russes sont-ils slaves ?
Non. La Russie est un État multinational, et le russe distingue deux mots que le français confond : rousski, le Russe par l'appartenance ethnique, et rossiyanine, le citoyen de Russie, quelle que soit son origine.
Le recensement de 2021 compte 105,6 millions de Russes au sens ethnique. Le deuxième peuple du pays, les Tatars, réunit 4,7 millions de personnes ; viennent ensuite les Tchétchènes, les Bachkirs, les Tchouvaches et des dizaines d'autres. Ces chiffres sont des minimums déclaratifs : 16,6 millions de personnes n'ont pas indiqué de nationalité, contre 5,6 millions en 2010.
Une femme tatare de Kazan est donc russe par la nationalité, souvent russophone de naissance, de tradition musulmane, et sa langue d'origine est turque : elle n'est pas slave. Une femme tchétchène parle une langue du Caucase, et vit dans un cadre familial et religieux sans rapport avec celui d'une Moscovite. L'inverse existe aussi : une Ukrainienne née à Moscou est slave et russe à la fois.
« Femme slave », « femme de l'Est » : ce que j'observe
Trois expressions circulent comme si elles étaient interchangeables, et elles ne recouvrent pas la même carte :
- femme slave : une femme dont la langue maternelle est slave, dans l'un des treize pays du tableau ;
- femme de l'Est : une étiquette géopolitique, héritée de la guerre froide, qui englobe aussi les Roumaines, les Hongroises, les Baltes, les Moldaves et parfois les Géorgiennes ;
- femme russe : une citoyenne de Russie, qui peut être slave, tatare, bachkire ou tchétchène.
Sur TikTok et Instagram, « Slavic girl » est devenu une étiquette à part entière : une femme apprêtée, directe, réputée intransigeante et dévouée en couple. Le mème amuse, mais il ne désigne aucun pays précis et gomme la distance qui sépare une Varsovienne d'une Bulgare ou d'une femme de Iekaterinbourg.
Je vis à Moscou depuis 2021, et l'agence travaille avec des bureaux à Moscou et à Minsk. Quand un homme m'écrit qu'il cherche « une femme slave », je lui demande ce qu'il entend par là : une langue, un pays, une culture, ou une image vue sur les réseaux. La réponse change toute la recherche. Celui qui pense à une Russe ou à une Biélorusse trouvera son terrain dans le guide de la femme de l'Est ; celui qui cherche avant tout une mentalité devrait lire ce que disent les traits de caractère des femmes slaves, qui comptent davantage que la carte.
À retenir : « femme slave » est une catégorie de langue, « femme de l'Est » une catégorie géopolitique, « femme russe » une nationalité. Savoir laquelle on cherche évite de se tromper de pays, et de se tromper de femme.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de pays slaves ?
Treize : la Russie, l'Ukraine et la Biélorussie (Slaves de l'Est), la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie (Slaves de l'Ouest), la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Bulgarie (Slaves du Sud).
Les Roumains sont-ils slaves ?
Non. Le roumain est une langue latine, de la même famille que le français. La Roumanie est orthodoxe et a emprunté du vocabulaire au slave, mais elle n'est pas un pays slave.
La Moldavie est-elle un pays slave ?
Non. Sa langue officielle est le roumain, et les minorités slaves y représentent moins de 9 % de la population, même si le russe y est très parlé.
Les Polonais et les Tchèques sont-ils slaves ?
Oui. Ils forment, avec les Slovaques, le groupe des Slaves de l'Ouest. Ils écrivent en alphabet latin et sont de tradition catholique.
Les Hongrois sont-ils slaves ?
Non. Le hongrois est une langue ouralienne, apparentée de loin au finnois et à l'estonien.
Les Croates sont-ils slaves ?
Oui, ce sont des Slaves du Sud. Leur langue est très proche du serbe, mais ils écrivent en alphabet latin et sont de tradition catholique.
En résumé
Treize pays slaves, trois groupes, deux alphabets, trois religions : le mot « slave » réunit des peuples qui partagent une famille de langues, et presque rien d'autre d'obligatoire. Les Roumains, les Moldaves, les Hongrois, les Baltes et les Géorgiens n'en font pas partie, et près d'un citoyen russe sur cinq ayant déclaré une nationalité n'est pas slave. Pour comparer les pays sur ce qui compte dans un projet de couple, le guide de la femme slave met côte à côte la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine et la Moldavie, et notre page femme russe décrit le terrain que je connais le mieux.
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